Cet article est une sorte de « réponse » faite à Mike, qui dans un article a écrit, je cite : « La photographie, désolé Wanda, est carcérale... Elle emprisonne une image et ne permet pas à cette image d'évoluer, de se mouvoir. »
Lignes de fuites, p. 4,
Rezvanifan.
Bon, alors voilà, après plusieurs mois de délai, j'essaye maintenant de disserter sur cette phrase. Ce que je dis n'engage que moi, il ne s'agira même pas d'un débat philosophique, du genre « où commence l'accessoire, où finit le string ? ».
Bien commençons.
La photographie, qu'est-ce donc ? Parlons-nous de photographie argentique ou numérique ? Les deux recouvrent-elles les mêmes possibilités ?
S'agit-il d'un Art ? De l'objet ? Du sujet ? Nous prendrons le parti de n'exclure a priori aucun procédé permettant de fixer une image sur un support.
D'après Mike, donc, la photographie est carcérale (
elle emprisonne), elle empêche l'image produite de se transformer dans le temps (
évoluer) et de se déplacer dans l'espace (
se mouvoir).
Ce n'est pas l'image qui est emprisonnée, l'image, c'est la prison elle-même.
Prenons comme exemple les nécessités du cadrage. Si celui-ci est serré, ou large, ou décalé, la prison aura des murs plus ou moins proches du sujet. Le cadrage laisse croire au spectateur de l'image ce qui a été décidé par le photographe : que le sujet, l'objet photographié, se prolonge, qu'il est dans un environnement particulier, qu'on nous cache des choses... La photographie emprisonne donc l'½il qu'elle vise dans une illusion dont celui-ci ne peut se sortir.
Le sujet est, de plus, figé dans une attitude qui ne reflète qu'un instant de sa vie (un deux cent cinquantième de seconde, en moyenne). Ce qui apparaît au final sur l' « objet photographie » n'est pas toujours parfaitement conforme à ce qui a été photographié, il ne faut pas négliger les techniques modificatives propres au développement et au tirage, dans la photographie argentique : on utilise des temps d'exposition différents selon ce qu'on cherche à obtenir, des filtres qui accentuent ou estompent les contrastes, on influence donc ce qui au départ n'était qu'un instant. Quant aux possibilités de modifications des images numériques, je vous renvoie directement au blog de Mike,
p9d. La photographie est un outil qui donne à l'artiste la possibilité de montrer à tous ce que lui seul a vu. Il enferme cet instant et ce regard particulier en le fixant sur un support.
Pour finir, les images changent, les pigments s'altèrent, lentement, à la lumière du jour, l'encre des tirages numériques s'affadit, tout passe, le papier lui-même jaunit, imperceptiblement... Et quand bien même l'objet photographique serait une prison figée... comme le disait Héraclite : « tout passe, tu n'entrerais pas deux fois de suite dans le même fleuve, non pas même une fois de suite ». Tout passe en effet, tu ne regarderais pas deux fois de suite la même photographie...
La photographie semble bien être une prison, mais peut-être pas celle qu'on croit. Qui est le geôlier ? Qui est la cellule ? Qui le prisonnier...?